Ce récit a été envoyé sur asse-live.com:
Je vais vous raconter le derby vécu par mon fils, Benjamin 20 ans. Je me permets de vous suggérer d’aller au bout du récit afin de savoir à quoi doit pouvoir s’attendre un jeune supporteur sans histoire, s’il fait un déplacement dit « à risque »! Outres de nombreuses marques physiques, Benjamin reste très marqué psychologiquement. J 'aurai pu m 'inscrire sur votre forum et "balancer " ce récit mais je choisis de vous laisser juge de le diffuser ou pas... Merci On ne peut pas tout supporter ! Un derby, c’est des chants puissants à la gloire du club aimé et des insultes nourries envers l’“ennemi”, c’est des tifos souvent magnifiques, c’est aussi des banderoles de plus ou moins bon goût visant à discréditer l’adversaire. Mais avant tout ça, c’est un déplacement… Déplacement que mon fils a fait avec les « supporters associés » de Sainté accompagné d’un ami rugbyman ! Dimanche soir 1er février 2009, les deux rivaux de toujours (Saint-Etienne et Lyon) se retrouvaient donc pour un derby qui, comme tout bon derby digne de ce nom, était classé « match à risque ». Ce n 'est pas moi qui l 'invente, ce sont les autorités préfectorales qui avaient débloqué une compagnie complète de gendarmerie mobile au cas où… Sur le principe, on peut être d’accord si ça peut éviter les scénarios catastrophes et donc se dire qu’ils sont là autant pour la répression que la sécurité des supporteurs.
Un peu avant la sortie d’autoroute alors que les cars stéphanois sont escortés par la brigade de gendarmerie mobile, ils sont rejoints par des groupes de supporteurs lyonnais. C’est un rituel ! L’accueil, en quelque sorte. On s’insulte (sans être entendu par les adversaires puisque dans les cars qui roulent), on se dit bonjour à grand coup de doigt ou bras d’honneur etc.… Ça ne vole pas toujours très haut, mais ça reste amusant. C’est le moment que choisit un fourgon de la brigade de gendarmerie (les supporteurs ont par chance eu le réflexe de noter son numéro) pour afficher ses couleurs en brandissant par les vitres des fourgons………. ses écharpes de l’OL ! On croit rêver mais bon, si la qualité première des forces de l’ordre était l’intelligence, je crois que ça se saurait ! Plus tard, ces messieurs de la brigade mobile font signe aux bus de se garer dès la bretelle de sortie d’autoroute franchie. Dans les cars, on s’interroge et on tombe d’accord « 1ere fouille » ! Je suis alors au téléphone avec mon fils qui m’annonce qu’il doit raccrocher puisque la police monte dans le bus -il est 19h46- Juste le temps pour moi, de lui dire de me rappeler une fois arrivé à Gerland. Les gendarmes donnent l’ordre à chaque supporteur de descendre un à un. « Toi, vas devant » « Toi, derrière le car ». Mon fils se dirige donc avec 4 autres derrière le car où ils sont violemment plaqués contre la fourgonnette de la gendarmerie. Quand ils demandent ce qui se passe, on leur répond vertement « ferme ta gueule et avance ».
Immédiatement menottés, on les fait monter dans la fourgonnette, s’asseoir par terre, les gendarmes prenant place autour d’eux sur les banquettes et s’interrogeant sur la disparition du 5eme supporter (qu’il ne connaissait pas) Là, les gendarmes se sont moqués d’eux allant même jusqu’à pointer sur eux, leur fusil en disant «ça te fout pas les boules d 'être en ligne de mire du Fusil d 'Assaut de la Manufacture d 'Arme de Saint-Etienne ? (FAMAS, le nom de l 'arme). Puis, le fourgon a démarré et roulé à peine 5 minutes. Les gendarmes les ont alors fait descendre et leur ont ordonne de s’assoir par terre….. C’est mouillé, il fait froid donc bien plus drôle ! Et ça dure 45 minutes. Lorsque mon fils, transit de froid, se met à trembler un gendarme dit alors « et qu’est ce qui nous fait celui là ? » accompagné d’un coup de pied dans le tibia. Il lui répond que simplement il a froid, le gendarme lui arrache alors violemment son écharpe qui, comble de l’ironie est frappée d’un « anti lyonnais » et la lui balance dans le dos (soit disant pour lui protéger les mains menottées). Nos 4 supporteurs verts (de cœur comme de rage) attendent donc dans le froid de savoir enfin, ce qui leur est reproché. Et c’est donc au bout de 45 minutes, avec tout le ménagement qu’on imagine, que des gendarmes leur donnent à signer un document - ils ont refusé que mon fils le lise et l’ont obligé à signer.
Il a su ensuite (par 2 des autres qui ont du tomber sur un gendarme un peu plus consciencieux) que c’était un PV d’arrestation, disant qu’il reconnaissait entrer en garde à vue, qu’il ne voulait voir ni médecin ni avocat et qu’il voulait que nous soyons informés de la situation. Une fois signé, ils sont pris en photo, là mon fils demande à aller aux toilettes et, au moment où il lui enlève ses menottes, le gendarme lui dit "si tu bouges, je te fais sauter la cervelle ". A noter que l’un des 4 supporteurs ayant été très malmené saignait abondamment et qu’on lui a refusé d’appeler un médecin en lui répondant « Tu verras ça au poste, c’est pas notre problème ». Ils les font ensuite remonter dans le fourgon. Pour toute réponse à leurs questions concernant la suite des évènements, ça n’a été que pluie d’injures, coups et menaces. Par la suite ils ont été emmenés sans savoir où et ce n’est que 40 minutes plus tard environ qu’ils ont été pris en charge par la police nationale de Lyon. C’est à ce moment que nous, ses parents, avons été prévenus que notre fils était en garde à vue pour « outrage à agent », il était 21h11 ! Lorsque j’ai demandé à l’OPJ (officier de police judiciaire) qui m’appelait ce que ça voulait dire exactement, ce que nous pouvions faire etc. sa seule réponse a été « appelez tel numéro, c’est l’hôtel de police». 1er appel : l’OPJ nous dit qu’elle n’est pas au courant, qu’il faut rappeler plus tard 2eme appel : l’OPJ nous raccroche au nez quand elle nous laisse le temps de lui dire que notre fils est majeur. Appel au PC de sécurité de Gerland : l’agent de sécurité nous raccroche au nez également quand après avoir demandé à parler à un policier, ledit policier lui dit « j’ai rien à leur dire ».
Aux environs de 22h00 et au prix d’une certaine gymnastique, mon fils (toujours avec les mains menottées dans le dos) parvient à nous appeler avec son téléphone portable (curieusement, on leur les a laissé). Ils sont encore tous les 4, seuls dans un fourgon, peut-être sur le parking du stade ( ?), on les a obligé à signer un PV mais sans leur accorder un de leur droit fondamental : lire ce qu’ils signaient… L’OPJ leur a simplement dit qu’ils étaient là pour avoir fait un doigt d’honneur aux gendarmes mobiles ! Quelle insulte, quel irrespect tout de même quand on sait que c’est en réponse à la provocation avec les écharpes !. Fin de la conversation : « courage, on fait tout ce qu’on peut pour vous sortir de là » La fin du match est sifflée et nous ne savons toujours pas où se trouve notre fils. On fait le tour des possibilités et celle qui nous parait la plus évidente est qu’ils sont effectivement dans un fourgon sur le parking et qu’histoire de leur apprendre la vie, ils ne seront relâchés qu’après le départ des cars stéphanois. On en sera d’un aller/retour à Lyon pour les récupérer et eux auront raté le match mais bon, ça fera une anecdote à raconter !
23h30, toujours aucune nouvelle……. Les téléphones chauffent à la maison pour tenter de trouver LA personne qui aura dans ses connaissances un représentant des forces de police qui pourra « pêcher » pour nous l’info. On tente de joindre des avocats (pas facile à cette heure-ci) et quand on y arrive, il nous dit qu’il ne peut intervenir avant la 20eme heure de garde à vue (heu, oui il est avocat à Lyon)! On retente l’appel à l’hôtel de police de Lyon…. Même réponse « il est majeur, on a rien à vous dire » On parvient enfin à joindre un ami qui a fait le déplacement et qui après s’être renseigné nous apprend que les supporteurs arrêtés passeront la nuit au poste. Plus rien à faire dans l’immédiat, il faut attendre lundi à la 1ere heure. Attendre au moins 7h00 en imaginant les pires scénarios forcément. Pendant ce temps là, nos 4 gardés à vue sont conduits à l’hôtel de police. Fouille avec quolibets douteux qui se voulaient drôles, suppression de tout ce qui n’est pas autorisé en cellule…… enfin, la procédure semble t-il. Aux environs de minuit, lorsqu’ils ont demandé à passer le coup de téléphone autorisé par la loi, l’OPJ leur a répondu « ta gueule, on est pas dans un film ».
Séparés, ils sont enfermés pour la nuit sans avoir ni bu, ni mangé et placés dans une cellule avec comme codétenu un homme qui avait frappé son fils, un trafiquant de drogue ou encore un homme qui en était à sa 72eme heure de garde à vue et donc pas arrêté pour un doigt d’honneur. Ah ! J’oubliais comme les policiers n’avaient pas « eu le temps » de prendre leurs empreintes avant, ils sont réveillés en pleine nuit pour y remédier mais comme me l’a dit mon fils plus tard « ils faisaient leur job. On n’exige pas d’eux que ce soit fait poliment ou courtoisement et en tous cas, eux l’ont fait dans la légalité». Au petit matin après une très courte nuit dans des cellules copieusement éclairées et glaciales, on leur a balancé sous la porte une brique de jus d’orange et 2 gâteaux secs…… diantre, ils ne sont pas à l’hôtel (dixit le policier). De notre côté, nous reprenons les appels téléphoniques. Le néant, je m’accroche verbalement avec l’OPJ qui me sort la même rengaine « il est majeur, je n’ai rien à vous communiquer » Mais bien sur voyons, tout le monde sait ça avec les enfants dès leur majorité, les parents ont fini de s’inquiéter ! L’attente reprend et ne s’achèvera qu’à 15h10, heure à laquelle mon fils m’appelle enfin pour me dire qu’ils avaient été relâchés.
Près de 20 heures de garde à vue pour un doigt d’honneur en réponse à une provocation illicite et imbécile, ce n’est pas un peu abusé ça ? La folle progression des gardes à vue inutiles devient un simple moyen d’affichage d’une fausse efficacité pour la police, un moyen de pression humiliant pour des citoyens qui peuvent se retrouver en garde à vue pour outrage à agent de la force publique après un simple geste mal vécu par un policier ou gendarme irritable. Il est plus que temps d’arrêter cette folie des gardes à vue et d’exiger de la police qu’elle entende les personnes sur convocation, ce qui devrait être la procédure normale et respectueuse des citoyens. Je ne vais pas vous rappeler que ce qu’il est le plus important tout de même de retenir c’est que chaque citoyen en France depuis 1974 bénéficie des droits prévu par la Convention de sauvegarde des droits de l 'homme et des libertés fondamentales signée en ..1951. Les excès sont nuisibles dans tout, rappelons-nous toujours que TOUT CE QUI EST EXCESSIF EST INSIGNIFIANT.
Allez, sait-on jamais, si tout le monde fait un petit effort, peut être que le football redeviendra le plus beau spectacle au monde car s 'il en est arrivé là aujourd 'hui, avec sa médiatisation et ses tensions, c 'est simplement parce qu 'à la base, ce sport est magnifique. Et puis, sait-on jamais, peut être qu 'un jour une mère pourra à nouveau voir partir son fils pour un stade sans avoir la peur au ventre.